mercredi 12 mars 2014

Poitiers - L’incroyable pouvoir de l’hypnose

Véritable star outre-Atlantique, l’hypnotiseur Messmer vient d’entamer une tournée de deux mois en France. A chacun de ses « shows », le« fascinateur » endort
et manipule des
dizaines de spectateurs. L’hypnose, simple divertissement, thérapie scientifiquement prouvée ou véritable danger ? Éléments de réponse.
« Fixer un point sur le mur et ne le quittez pas des yeux. Concentrez-vous sur ma voix, sur le bruit de votre respiration... Peu à peu, les objets autour de vous deviennent flous. Vous sentez que vos paupières sont lourdes et vous fermez les yeux... » Grâce à ces quelques phrases, Guillaume Rolland, hypnotiseur à Poitiers, est capable de plonger ses clients dans un « état hypnagogique », ou de « semi-conscience ». Nul besoin de pendule ou de gestes grandiloquents. Sa méthode est bien moins spectaculaire que celle de Messmer, dit « Le Fascinateur ». Dans ses one-man-shows, l’artiste québécois endort des dizaines de sujets. Les cobayes obéissent à toutes les injonctions, même les plus farfelues, comme imiter les pleurs d’un bébé ou singer l’orang-outang...
« Nous n’exerçons pas le même métier, assure Guillaume. J’utilise l’hypnose à but thérapeutique avant tout. » Le diplômé de l’Institut Centre France hypnose ericksonienne reçoit ses clients dans son petit cabinet et non pas sur scène. Plutôt que de les tourner en ridicule, il tente de leur venir en aide. Les gens le consultent surtout pour arrêter de fumer, diminuer le stress ou perdre du poids. « Je m’adresse directement à leur subconscient. J’induis que la cigarette est quelque chose de négatif, je crée un dégoût. » Guillaume affiche un taux de réussite supérieur à 75%. « C’est vraiment bluffant ! »
« ATTENUER LES SOUFFRANCES »
Bluffant. Ce même mot est utilisé par les docteurs François Lebrun et Jean-François Bonillo. Tous deux sont anesthésistes à la Polyclinique de Poitiers. Ils ont décidé d’utiliser l’hypnose pour « améliorer la prise en charge du patient ». « Cela permet de réduire les angoisses liées à l’opération. Elle ne remplace pas le produit analgésique, mais annihile l’anxiété et la peur. »
En consultation privée, le Dr Lebrun soulage les douleurs et traite les phobies à l’aide de cette technique. « Par exemple, je peux demander à un patient de visualiser son mal de dos et de lui attribuer une couleur. Bien souvent, il choisit le rouge. Une fois qu’il est hypnotisé, je lui sug- gère des images blanches, pour atténuer sa souffrance... »
Si l’hypnose peut être bénéfique, certains s’en servent également à des fins crapuleuses. Un phénomène inquiétant se répand dans l’Hexagone : la street-hypnose. En quelques secondes, un quidam peut endormir un passant pour le détrousser. De nombreuses vidéos sur la plate- forme Youtube enseignent la marche à suivre. « Ces arnaqueurs utilisent ce qu’on nomme la rupture de pattern, explique Guillaume Rolland. Ils créent la surprise, l’étonnement et profitent de cet instant de confusion pour s’immiscer dans votre inconscient. » Pour donner un exemple, lorsque vous tendez la main à quelqu’un et que celui-ci la retire au dernier moment, il crée une rupture de pattern. « Un homme s’est déjà servi de cette technique pour payer avec des... feuilles blanches. » Guillaume se veut tout de même rassurant, la grande majorité des hypnotiseurs ne vous veulent pas du mal. Bien au contraire...
Florie Doublet – fdoublet@7apoitiers.fr

Source : 7 à Poitiers, n°200, 15-21 janvier 2014