jeudi 29 mai 2014

Académie de médecine – Antidépresseurs : 8 idées reçues battues en brèche

L'Académie de médecine monte au créneau pour clamer l'utilité et l'efficacité des antidépresseurs... lorsqu'ils sont correctement prescrits
L’efficacité des antidépresseurs sur les symptômes émotionnels dépressifs ou anxieux est désormais bien établie. Pourtant, ces molécules font l'objet d'une défiance, voire d'un rejet, qui retarde le repérage de ces troubles et leur prise en charge par une prescription judicieuse.
Or, tant que les effets neurobiologiques de ces médicaments ne seront pas élucidés, la recherche de cibles pertinentes pour les molécules du futur demeure une nécessité ainsi que l’évaluation des effets chez la femme enceinte, l'enfant et l'adolescent. Voici huit idées reçues que l'Académie de médecine a tenu à réfuter... ou pas.
1. Les médicaments psychotropes se valent tous
FAUX. Il ne faut pas confondre les anxiolytiques ou tranquillisants (Valium, Lexomil...), utiles à court terme pour calmer l'angoisse tout comme l'aspirine calme le mal de dent sans le traiter, et les antidépresseurs qui eux soignent les maladies dépressives.
2. Les Français détiennent le record de la consommation d'antidépresseurs
FAUX. Ne pas confondre coup de blues et maladies dépressives... dont une sur deux, actuellement en France, n'est pas correctement diagnostiquée ni traitée ! Cette priorité de santé publique est de mieux en mieux reconnue partout dans le monde, et notre pays n'arrive qu'au 5e rang en matière de prescription d'antidépresseurs. Cependant, il est vrai qu'en France, la facilité d'accès aux soins, et aux médicaments en particulier, fausse les comparaisons.
3. Les antidépresseurs induisent une dépendance
FAUX. La dépendance signifie qu'il y a une nécessité d’augmenter les doses pour un même résultat - c'est l'effet de tolérance - et un syndrome de sevrage à l’arrêt. Pour autant, les antidépresseurs doivent être prescrits dans le respect des bonnes règles de prescription telles qu'elles ont été édictées par la Haute autorité de santé (HAS), après un diagnostic bien posé et avec un suivi d’abord hebdomadaire puis mensuel.
4. Les antidépresseurs favorisent le suicide
FAUX. Le rôle éventuellement déclencheur de conduites suicidaires au moment de la mise en place d’un traitement antidépresseur est connu depuis l’origine de ces médicaments. Pour autant, la majorité des sujets déprimés qui se sont suicidés ne recevaient pas d'antidépresseurs.
En réalité, le taux de suicide dans un pays est inversement proportionnel au taux de prescription d'antidépresseurs. Ainsi, depuis les mises en garde concernant ces prescriptions chez les enfants et adolescents, on a constaté une augmentation des suicides des jeunes aux Etats Unis, aux Pays Bas et au Canada alors qu'ils étaient en diminution constante depuis au moins 20 ans.
5. Tous les médecins peuvent prescrire des antidépresseurs
VRAI. La majorité des prescriptions d’antidépresseurs sont effectuées par le médecin généraliste, en particulier chez les sujets âgés. Toutefois, repérer la symptomatologie et prendre les bonnes décisions thérapeutiques, savoir prescrire ou ne pas prescrire un antidépresseur, exige une formation (http://www.sciencesetavenir.fr /tag/formation) spécifique qui n'est pas suffisamment dispensée actuellement.
FAUX. La primoprescription d’un antidépresseur chez les moins de 18 ans doit être réservée aux médecins spécialistes en pédiatrie et/ou en psychiatrie.
6. Pas d'antidépresseurs pendant la grossesse
VRAI. On connaît encore trop peu les effets de ces médicaments sur le fœtus ou l’enfant naissant lorsqu'ils sont prescrits à la femme enceinte.
FAUX. Il faut tout de même prendre en compte les possibles effets délétères de la dépression de la mère sur le neurodéveloppement de l'enfant.
7. La dépression de l'enfant est un mythe
FAUX. La prévalence des troubles dépressifs est élevée mais encore trop méconnue (2,1 à 3,4 % chez l’enfant et 14 % chez l’adolescent). Ainsi, les études d’efficacité des médicaments antidépresseurs chez l’enfant ne tiennent pas compte des variations, en distinguant 2 tranches d'âge (6-12 ans et 13-18 ans).
8. On peut soigner la dépression sans antidépresseurs
FAUX. Une méta-analyse récente chez l'adulte indique que les psychothérapies n'ont pas d'effet sur les idées suicidaires en dépit de leur effet sur la dépression. Surtout, les traitements, notamment à base de plantes, en vente libre sur Internet en particulier, sont non seulement inefficaces mais peuvent être dangereux.
Source : Sciences et Avenir, 26 mai 2014,
http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140526.OBS8544/antidepresseurs-8-idees-recues-battues-en-breche-par-l-academie-de-medecine.html
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Rapport de l’Académie de médecine concernant les antidépresseurs

Note du CIPPAD : En complément du point 8, à propos de la Méditation de Pleine conscience, qui bénéficie depuis septembre 2012 d’une surprenante promotion médiatique dans l'hexagne, nous souhaitons apporter l'information suivante. Une méta-analyse récente concernant la Méditation de Pleine conscience et des méditations utilisant des mantra, réalisée par l’Agence de santé américaine (AHRQ) en partant de 18 753 publications, incluant 47 essais cliniques avec 3515 personnes, conclue à une évidence peu solide d’un possible effet de la Méditation de Pleine conscience sur l’amélioration des états anxieux et dépressifs, pratiquée en l’absence de groupes contrôles. La Méditation de Pleine conscience, lorsque comparée à l’effet de traitements usuels ou à des contrôles appropriés, ne montrent aucun effet supérieur à ces derniers.
De plus, il n’a pas pu être mis en évidence d’effet positif de la Méditation de Pleine conscience sur une amélioration de l’humeur, l’attention, l’addiction à des substances (alcool, cigarettes, etc.), les habitudes alimentaires, la qualité du sommeil ou le poids.
- Meditation Programs for Psychological Stress and Well-Being, Heffective Health Care Program, comparative Effectiveness Review, number 124, January 2014, Agency for Healthcare Research and Quality U.S. Department of Health and Human Services 540 Gaither Road
Rockville, MD 20850
, www.ahrq.gov.