jeudi 14 août 2014

Île de la Réunion - Des employés interrogés sur leur vie sexuelle

Les employés d’une entreprise de La Possession ont eu droit à un drôle de questionnaire au cours de leur entretien annuel d’évaluation le mois dernier. Une spécialiste en « coaching » les a notamment interrogés sur leur appétit sexuel ! Une démarche qui interpelle quant au respect de la vie privée des salariés.
LA POSSESSION
Il n’est nullement obligatoire au sein d’une entreprise. Mais c’est une réalité pour nombre de travailleurs. L’entretien annuel d’évaluation est un rendez-vous qui est souvent source d’anxiété pour ceux qui y sont soumis. L’employé est interrogé sur ses objectifs atteints ou pas, sur ses points forts et ceux à améliorer. Se prévalant d’être le leader local en matière de matériels de sécurité, la Société australe d’équipement (SAE) a fait confiance à un prestataire extérieur pour réaliser le premier entretien de la sorte en 17 ans d’existence. L’entreprise possessionnaise a ainsi mandaté Catherine Roche, une professionnelle spécialisée dans le « coaching » et la « formation-conseil ».
La démarche adoptée a pour le moins interpellé une partie des employés de la société. Comme l’ont évoqué nos confrères d’Imaz Press, ces derniers ont en effet été invités à répondre à un questionnaire au contenu particulièrement culotté... Soixante questions dont l’intérêt est difficile à cerner. « Fumez-vous plus de dix cigarettes par jour ? » « Vous impatientez-vous, si en voiture, vous êtes assis à côté d’un conducteur trop lent » « Êtes-vous plutôt satisfait de votre vie affective ? » Ti lamp, ti lamp, on franchit un cap, avant de descendre en dessous de la ceinture. « Votre vie sexuelle ne vous donne-t-elle pas entière satisfaction ? » « Votre appétit sexuel a-t-il diminué ? »
« Ça m’a choqué !, confie un membre du personnel que le JIR a rencontré hier. Tout le monde a été choqué, je pense, mais on a quand même répondu au questionnaire pour ne pas faire de vagues. On a tous des crédits et une famille à faire vivre. On nous a aussi dit qu’il était obligatoire ». Les employés ont donc remis leurs réponses à la « coach » au cours de la vague d’entretiens qui a eu lieu en juillet.
Informée du contenu de ce questionnaire, la syndicaliste Clara Derfla, se dit indignée. « On touche ici à la liberté individuelle du salarié ! », explose-t-elle. « C’est très grave. On pose des questions sur la vie sexuelle des salariés. En quoi ça a à voir avec son travail ? », s’interroge la secrétaire générale adjointe de l’Union régionale. « C’est la porte ouverte à toute sorte de dérives ! »
« La porte ouverte à toute sorte de dérives »
Professionnel accrédité par la Société française de coaching et la Fédération française de coaching, Jean-Noël Bruere a bien voulu répondre au JIR. Ce Dionysien a lui aussi fait part de son étonnement quant au contenu du fameux questionnaire. « Ce sont des questions d’ordre personnel qui n’ont pas lieu d’être dans un tel entretien, affirme celui qui est un pionnier dans le domaine à la Réunion. Ça pose problème du point de vue déontologique. Toutes les questions posées doivent rester sur le champ professionnel, sauf si l’employé évoque de lui-même un problème d’ordre intime. C’est un entretien, pas une discussion avec un psychiatre ».
Le Code du travail stipule en effet que les méthodes et techniques d’évaluation ne doivent porter que sur les qualités professionnelles du salarié et non sur sa vie privée. On peut aussi se demander si une déclaration a été faite à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) puisque des données personnelles ont été collectées.
Également contacté hier, Christophe Rallu, le patron de la société SAE, a confirmé l’existence de ce questionnaire et de son contenu. Il affirme avoir lui-même été dérouté par ces questions. Il explique avoir été par la suite rassuré par les arguments de la prestataire. « Ces entretiens avaient pour but de voir ce qui pouvait être amélioré pour nos salariés, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Je n'ai pas grand-chose à me reprocher ». Il parle d’un questionnaire « bateau » et non obligatoire que la prestataire utilise aussi dans d’autres entreprises... « Ça devait servir à désamorcer des situations difficiles, assure encore le gérant qui explique être visé par des employées "procédurières" qui sont en litige avec des responsables de sa société. Il a annoncé qu’il allait se rendre aujourd’hui à la Direction du travail avec les pièces de son dossier. Catherine Roche a, elle, refusé de répondre à nos questions. Un communiqué devrait nous être envoyé aujourd’hui.
Harry Amourani

Source : Clicanoo, 7 août 2014,
http://www.clicanoo.re/432870-des-employes-interroges-sur-leur-vie-sexuelle.html