lundi 20 octobre 2014

Emprise - Piège à loups

L'édito du jour

Quelques semaines ? Quelques mois ? Combien a-t-il fallu de temps pour qu'un jeune homme «agréable et souriant» devienne menteur et agressif ?  

Comment un petit chauffeur routier s'est-il transformé en candidat au jihad ? Le témoignage de cette maman est terrifiant. Car il décrit dans le menu un scénario bien connu : celui d'une manipulation mentale réussie. Un lavage de cerveau en tout point semblable à celui pratiqué par les sectes.
Qui a «harponné» le jeune homme ? Qui lui a inoculé ce virus, pour l'instant bien plus meurtrier qu'Ebola ? Une nébuleuse indéfinie, une meute tapie dans l'ombre d'internet, une cohorte experte à détecter les égarés.
On imagine la descente aux enfers de cette jeune maman. Sans doute la première étape, la conversion à l'islam, a pu être consentie par amour. Mais elle a très vite compris que son mari glissait vers le radicalisme le plus obscur. Elle a tenté de résister, mais sa voix se perdait, tandis que Facebook et internet prenaient le dessus. On sent très bien que, petit à petit, le jeune chauffeur routier a été manipulé, formaté, dressé, conditionné. Au point de décider de partir pour le jihad : tel était le but de ses harponneurs.
Cette histoire, qui, pour l'instant, s'arrête à l'aéroport de Casablanca, confirme à l'envi que la fuite vers l'islam radical est en tout point semblable au recrutement des sectes. Il y a les mêmes recettes. On s'appuie sur les haines et les rancœurs du sujet pour qu'il renonce à ses valeurs et adopte celles des «gourous». On l'isole de son entourage, en lui assurant que c'est lui qui a raison contre le reste du monde. On redonne un sens, fut-il le pire, à une vie qui n'en avait pas... En somme on remplace une vie ordinaire par une folie ordinaire. On transforme des agneaux en fauves. Ce recrutement est un piège à loups.
Le pire, c'est que ces délires individuels sont destructeurs pour l'entourage. 

Comme les adeptes des sectes, ces zélateurs de l'extrême n'hésitent pas à mettre en danger leur famille pour aller jusqu'au bout de leur logique. Bien souvent, ce sont les parents, qui trinquent, voyant partir un fils ou une fille vers l'anéantissement. Mais de plus en plus, ce sont les enfants qui sont embrigadés de force dans cette espèce de sacrifice qui sera d'autant plus mystique qu'il sera collectif.
On devine l'engrenage : ces enfants risquent la mort. Et s'ils en réchappent, ils porteront toute leur vie le fardeau d'une tragédie familiale. Horrible héritage !
Dominique Delpiroux
Source : La Dépêche, 20 octobre 2014,
http://www.ladepeche.fr/article/2014/10/20/1975615-piege-a-loups.html