mercredi 8 octobre 2014

La souffrance des Travailleuses missionnaires

En délicatesse avec leur communauté, elles sont une trentaine à dénoncer leurs anciennes conditions de vie au sein de cette association internationale connue pour ses restaurants L'eau vive.
Un profond malaise traverse la communauté des Travailleuses missionnaires de l'Immaculée. Ce mouvement laïque, fondé en 1950 par un prêtre, avait pour vocation d'évangéliser les usines, les hôpitaux, les prostituées...
En 1960, la création des « Eau vive » marque un tournant, puisque l'activité de cette chaîne internationale de restaurants va supplanter les autres initiatives. Objectif avoué : transmettre la foi par l'accueil hôtelier des pèlerins dans les sanctuaires.
Surtout originaires de pays pauvres, les jeunes filles qui y travaillent connaissent des conditions difficiles. L'Avref (Association d'aide aux victimes de mouvements religieux) s'en est fait l'écho au travers d'un rapport intitulé le Livre noir des travailleuses missionnaires de l'Immaculée. Une trentaine de femmes témoignent sur son site Internet.
L'épiscopat « vigilant »
Elles ont été recrutées dans les années 1990, souvent avant leur majorité, au Burkina-Faso, au Vietnam, au Pérou ou aux Philippines. Issues de familles modestes, elles n'ont souvent pas pu terminer leurs études secondaires. « Elles étaient motivées par un appel à la vie religieuse, assorti d'une promesse de formation en Europe, explique Aymeri Suarez-Pazos, président de l'Avref.
En réalité, elles ont travaillé quinze heures par jour, pendant plus de vingt ans, pour 10 € à 15 € par mois ». La plupart se plaignent aussi d'un climat autoritaire et infantilisant.
Sans-le-sou, parfois sans papiers, ces femmes en passe de quitter leurs communautés se sentent abandonnées.
Ce dossier est pris très au sérieux par la Conférence des évoques de France (CEF) qui se dit « vigilante ». L'épiscopat rappelle « l'association à ses obligations légales en matière de protection sociale et de retraite ». Par ailleurs, les évoques, alertés, ont été encouragés à faire une visite canonique dans les communautés installées dans les neuf diocèses français, dont Lisieux, « afin d'évaluer la liberté des personnes et d'éclaircir l'opacité qui pourrait y régner ».
De son côté, la communauté « dément absolument tout travail forcé, indique Magali Gaussen, responsable des Travailleuses missionnaires en France. Ces femmes sont venues librement et elles sont reparties tout aussi librement. C'est leur parole contre la nôtre. Elles ont confié leur dossier à la CEF, nous nous en remettons à sa décision. » Pour l'heure, l'Avref accompagne ces anciennes Travailleuses missionnaires dans la reconstitution de leurs carrières. Avec l'aide d'un avocat, l'association instruit des dossiers d'indemnisation qui donneront lieu à des transactions amiables ou à des plaintes devant les tribunaux.
Anne BLANCHARD-LAIZÉ.
Source : Ouest-France, 7 octobre 2014
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