samedi 4 octobre 2014

Patrimoine et exorcisme, un mélange de genre qui dérange

Ouverte au public, la collégiale accueillait dans le même temps un prêtre exorciste
Le programme officiel des Journées du patrimoine à la Collégiale Saint-Martin de Bollène faisait état d'une exposition de photos de sa restauration intérieure. Elle y était effectivement, mais c'est un autre spectacle qui a choqué quelques-uns des visiteurs présents : une "prière d'intercession et de délivrance/exorcisme", selon les termes employés dans le communiqué figurant sur le site internet de la paroisse de Bollène.
La séance était menée par le Père Gabriel Picard d'Estelan, prêtre exorciste du diocèse, assisté par Frédéric Lacroix, "un laïc, qui a reçu la mission de Dieu dans l'obéissance à l'Église, de combattre les infestations du Mal au nom de Jésus- Christ", selon le Père Gabriel Picard d'Estelan (voir notre édition du 27 août et un sujet dédié à la fonction de prêtre exorciste).
De fait, les touristes en quête de vieilles pierres voire de recueillement, ont eu à voir certains fidèles en transe, criant ou pleurant. Le tout en présence de Monseigneur Cattenoz, évêque d'Avignon. Rien de volontaire là-dedans pour la paroisse, laquelle indiquait par la voix du Père Berger que la concomitance entre cette séance et les Journées du patrimoine n'était pas "faite exprès."
"Un télescopage malheureux"
Si les séances d'exorcisme font, à part entière, partie du culte catholique, c'est bien cette concomitance avec un événement ouvert au grand public qui dérange.
Anthony Zilio, président PS de l'intercommunalité Rhône-Lez Provence et conseiller d'opposition à Bollène, se dit "profondément choqué, comme beaucoup de Bollénois et de touristes, par l'utilisation faite, ici à Bollène, des Journées européennes du Patrimoine. Ces journées n'ont pas vocation à initier des rites religieux de quelque religion que ce soit. Je ne mets pas en cause cette pratique qui relève d'une religion car je respecte toutes les religions dès lors qu'elles s'exercent dans le cadre privé. Mais ce n'était pas le cas samedi dernier."
Du côté de la Ville, maître d'oeuvre du programme des Journées du patrimoine, on reconnaît, par la voix du directeur de la communication Jean Vallier, "un télescopage malheureux. On n'ignorait pas l'existence de cette cérémonie, initialement présentée comme un temps de chants et de prières, mais on ne l'a pas relevé quand nous avons validé les programmes des Journées du patrimoine. Nous comprenons que les visiteurs aient pu être surpris et gênés, car les séances de ce genre sont des événements extraordinaires et inhabituels. Mais ils auraient aussi pu tomber sur un baptême ou un mariage. La vie de l'église ne s'arrête pas parce qu'il y a les Journées du patrimoine. De plus, la Ville n'a pas à prendre partie sur ce que fait le curé dans son église. Il est vrai que nous en sommes propriétaires, mais le curé est affectataire."
Un dernier point contesté par Anthony Zilio, "quand on sait que c'est le contribuable qui a financé pour bonne partie la rénovation de la Collégiale Saint Martin, jusqu'à 23 000 de frais d'inauguration. Il aurait été plus mesuré de dire que ce bâtiment appartient aux Bollénois et qu'ils ont leur mot à dire quant à son utilisation."
Le reste du week-end, à la Collégiale, était notamment occupé par deux concerts. Dont on ignore s'ils ont adouci les moeurs bollénoises.
Nicolas Lavergne
Source : La Provence, 23 septembre 2014,
http://www.laprovence.com/article/edition-avignon-grand-avignon/3052533/exorcisme-et-patrimoine-un-melange-de-genre-qui-derange.html