dimanche 19 octobre 2014

«Renouer avec une critique des religions»

Agrégé de philosophie, enseignant à Mendès-France jusqu'à 2006, le Yonnais Yvon Quiniou (69 ans) vient de sortir son livre Critique de la religion, au sous-titre provocateur : une imposture morale, intellectuelle et politique.
Le Journal du Pays yonnais : Quelles positions défendez-vous dans ce livre ?

Yvon Quiniou : Ce n'est pas une propagande de l'athéisme. L'objet n'est pas de savoir si on est pour ou contre les religions mais plutôt de renouer avec une critique des religions comme l'ont fait les Lumières ou les grands penseurs, en raison des méfaits qu'elle produit sur l'homme.
D'un côté, on assiste à une forme de déchristianisation des masses en occident et à un retour en force politique des Eglises réactionnaires malgré des avancées du Pape François. Je rappelle que les trois religions monothésistes se sont battues contre le mariage pour tous.

Votre livre est une défense de la laïcité ?
Oui, de la laïcité intransigeante et rigoureuse ; de la laïcité qui prend conscience des défauts des religions ; de la laïcité comme éducation à la liberté de pensée et de conscience. Aujourd'hui, on observe un retour du religieux dans les sphères intellectuelles. Alors j'insiste : la raison a la priorité sur les croyances.

Que signifie ce retour ?

Il symbolise une inquiétude : face à un monde qui bouge, on se repli sur une identité. Il a aussi un sens politique, avec une utilisation politique de la religion à des fins conservatrices.

En quoi est-ce dangereux ?

Cela contribue à empêcher les citoyens de porter un regard lucide sur le monde qui les entoure. J'émets trois axes principaux de critique : la religion est hostile à la connaissance scientifique, elle n'a par exemple reconnu la théorie de l'évolution de Darwin qu'en 1996 ; elle est une puissance anti-vie promouvant une vie supraterrestre au mépris de la vie du corps ; elle a joué un rôle politique négatif dans l'Histoire en se mettant toujours du côté de l'ordre établi. Elle était, je le rappelle, contre la Révolution française et n'a reconnu la République que tardivement dans le XIXe siècle. La religion n'est pas progressiste.

Critique de la religion, une imposture morale, intellectuelle et politique, de Yvon Quiniou aux éditions la Ville Brûle. 15 euros.
Propos recueillis par Manuel Rodriguez
Source : Le Journal du Pays Yonnais, 16 octobre 2014