lundi 8 décembre 2014

Belgique - Layla, brûlée à mort lors d’un exorcisme

Elle avait 18 ans et vivait avec ses parents à Anvers. Le 10 octobre 2010, ceux-ci préviennent les secours. Layla, expliquent-ils, est morte après avoir pris une douche trop chaude. Mais les médecins sont sceptiques face à ces graves brûlures sur les pieds, les genoux et la poitrine.
Petit à petit, le père, âgé de 74 ans et la mère, âgée de 50 ans, s’ouvrent : Layla n’allait pas bien, elle faisait régulièrement de terribles cauchemars, elle maigrissait à vue d’œil, elle leur aurait dit être possédée par le diable. Si bien que, sur conseil de voisins, les parents avaient fait appel à un jeune exorciste de 32 ans, Othman G., connu dans la communauté marocaine d’Anvers.
Un désenvoûtement fatal
Il faut savoir que l’islam marocain comporte un versant plus sombre avec la "Roqya", des rites de désenvoûtement qui mêlent magie, sorcellerie et islam.
L’exorciste a d’abord nié être intervenu, avant de finalement reconnaître qu’il l’avait traitée, mais avec la seule lecture de versets du Coran. Selon lui, elle aurait été possédée par neuf démons.
Il serait intervenu trois jours de suite. Les parents ont dit qu’il s’est retiré dans la salle de bains avec leur fille le dernier jour. Elle aurait dû se coucher en pyjama dans la baignoire afin qu’il l’asperge d’eau bouillante.
Avec l’exorciste, ils ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel. Ces trois prévenus nient toute implication dans la mort de Layla. Leur procès aurait dû s’ouvrir en septembre dernier. Il avait été reporté. Deux audiences ont été fixées : ce mercredi et le jeudi 4 décembre.
Des examens psychiatriques rarissimes
Layla aurait indiqué à des amies qu’elle était lesbienne et que ses parents voulaient la guérir. Une association de défense de gays et lesbiennes s’est constitué partie civile en cours d’instruction.
La circonstance aggravante de violences en raison de l’orientation sexuelle n’a toutefois pas été retenue.
L’enquête judiciaire a duré cinq ans. Un collège de psychiatres a été désigné pour déterminer l’état de Layla. C’est là une procédure exceptionnelle pour une victime décédée. Ils penchent pour une légère schizophrénie.
Une demi-sœur de Layla s’est portée partie civile contre les parents et l’exorciste. Elle voulait que les faits soient qualifiés de tortures et non de coups et blessures ayant entraîné la mort. Ce qui aurait impliqué un procès d’assises.
En 2012, à Bruxelles, la cour d’assises avait jugé six personnes pour le désenvoûtement mortel de Lafifa, 23 ans, morte de quasi-noyade, de coups multiples et de manœuvres d’étranglement pour "chasser les djinns en elle". Les peines s’étalaient entre 3 et 9 ans de prison, pour tortures.
Initialement, leur procès s’était ouvert en correctionnelle pour coups et blessures mais la cour d’appel s’était déclarée incompétente et le dossier avait été renvoyé en assises pour tortures.
Source : La Libre Belgique, 3 décembre 2014,
http://www.lalibre.be/actu/belgique/layla-brulee-a-mort-lors-d-un-exorcisme-547df8c23570a0fe4c9717ae