mercredi 10 décembre 2014

La Réunion - Le grand-père, guérisseur et pervers, prend deux ans ferme

À 72 ans, A.S a l’assurance de ceux qui pensent être dans leur bon droit et qui ne comprennent pas ce qu’ils peuvent bien faire à la barre d’un tribunal correctionnel. Surtout lui, le "fundi", le sage, le guérisseur, celui que tout le monde respecte voire vénère. Et c’est pourtant pour des agressions sexuelles commises sur ses propres petites filles qu’il se retrouvait hier après-midi devant les magistrats du tribunal correctionnel de Saint- Denis. Des faits qui se seraient déroulés entre le 1er septembre 2010 et le 23 juillet 2011 à La Possession.
C’est une première petite victime qui va d’abord briser la loi du silence en racontant à une tierce personne les agressions que son grand-père lui fait subir. C’est sous le prétexte de la guérir qu’il va se livrer sur elle à des attouchements alors qu’elle avait 10 ans. Elle va narrer trois scènes. Une première où son grand-père lui lèche le sexe, "je lui ai fait cela à elle", dira le prévenu aux enquêteurs, "car les autres femmes sont impures", avant de lui éjaculer sur le ventre. Puis, une autre scène où il essaye de lui introduire un doigt dans le vagin, et enfin, une autre journée ou lors d’un bain "purificateur", il va tenter de la pénétrer. La seconde sœur de la famille va elle aussi révéler que le grand-père a tenté de la pénétrer. Des accusations que le septuagénaire va d’abord reconnaître devant les enquêteurs mais qu’il va ensuite formellement nier.
"VOUS N’AVEZ AUCUN HONNEUR"
Interrogé par le président Moatty, il va expliquer que dans sa pratique de guérisseur, il préconise souvent à ses "patientes" de prendre des bains et il est possible qu’il ait pu toucher les enfants. "Mais, je ne pouvais pas aller plus loin, car elles doivent rester vierges", affirmait-il encore devant les enquêteurs. Des petites victimes considérées comme crédibles par le psychologue qui les a examinées. "Deux petites filles traumatisées qui auront de grandes difficultés par la suite. Des petites filles en grande souffrance", indique encore l’expert dans son rap- port. Un rapport et des faits que conteste le septuagénaire à la barre. "Donc tout ce qu’elles disent ce n’est pas vrai", interroge le président. "Ce n’est pas vrai. C’est leur père qui m’en veut", explique-t-il. "Les descriptions de ces petites filles sont très circonstanciées", commence Me Mardenalom pour les parties civiles.
"De plus, il y a des concordances entre leurs déclarations et les siennes lorsqu’il est en garde à vue. Ses nouvelles dénégations en criant au complot du père ne tiennent pas", martèle encore le conseil. "Et le concernant, je ne suis pas certain qu’il comprenne bien ce qu’il fait là", termine Me Mardenalom. "On peut effectivement se demander s’il est vrai là", confirme le procureur de la République. "Pour lui, s’il n’y a pas de pénétration tout est acceptable. Il joue les dénégations, alors qu’il a tout re- connu chez les gendarmes. Il n’y a ni satan, ni guérisseur qui vaille. Il n’y a qu’un pédophile, et c’est moi qui le dis, qui s’est excité sur deux petites filles avec des éjaculations", assène Éric Tuffery. "Les victimes sont en grande souffrance. Vous n’avez aucun honneur. Vous en avez vos objets sexuels. Vous êtes un agresseur sexuel", termine le représentant du parquet en requérant une peine d’au moins trois ans de prison tout en soulignant "qu’une peine ferme aurait un sens".
Sans avocat, le septuagénaire, la tête baissée, ne va que maintenir ses dénégations en criant au complot ourdi par le père. Le septuagénaire a été condamné à deux années de prison ferme.
Leglaye Jérome
Source : Clicanoo, La Réunion, 10 décembre 2014