lundi 22 décembre 2014

Les malentendus de Tariq Ramadan

Le philosophe musulman de 52 ans, prêche dans le monde entier. Mais la France ne l'aime guère...
Cet intellectuel brillant et charmeur compte plus d'un million d'amis sur Facebook et intervient dans toutes les universités de la planète. « Mais quand j'arrive en France, je suis le diable. » Il se dit pieux. On lui reproche de tenir un double discours.
Quand il condamne la violence, l'État Islamique, les châtiments corporels et les erreurs des jeunes qui partent combattre en Syrie, quand il se réclame de la laïcité et demande aux musulmans de s'engager dans les causes nationales contre le racisme et le chômage, quand il s'implique dans le dialogue interreligieux ou qu'il échange avec des non-croyants, on ne le croit pas toujours sincère. Car derrière la façade, on devinerait l'intégriste.
« Je suis Égyptien par ma famille, Suisse de nationalité, Français de culture et musulman de religion. Je m'exprime en arabe, en anglais et en français. Je récite du Coran mais aussi Baudelaire et Rimbaud. Je respecte la diversité mais on n'y croit pas ! »
Il a une idée sur cette méfiance : « Je pense que l'histoire de France a un problème avec le fait religieux et la décolonisation. Je pense qu'il ne faut pas être moins musulman pour être davantage français. Je prends des positions politiques en faveur de tous les opprimés, les Palestiniens comme les Tibétains, et tout cela est un mélange parfois gênant ici en France. » Il pratique aussi le « oui, mais... » dont les nuances prêtent le flanc à toutes sortes d'interprétations.
L'hostilité dont il fait l'objet relèverait donc du malentendu ? C'est peut- être aussi que sa rhétorique finit par brouiller l'essentiel : pour lui la foi et la raison se confondent. Or, la culture occidentale les distingue. Ce n'est pas la moindre des difficultés pour résoudre l'équation de la formule « musulman et occidental ».
Hervé BERTHO.
Source : Ouest-France, 14 décembre 2014