lundi 5 janvier 2015

ASTROLOGUES, LES USURPATEURS DU CIEL

Janvier, c'est traditionnellement la saison des prévisions astrologiques. Contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues, elles ne sont pas toujours stupides. La preuve, l'astrologue Sophia Mézières annonçait l'an passé, à propos de Marine Le Pen, que « son parti politique devrait connaître une belle envolée à l'occasion des municipales ». Bon, d'accord,
elle n'a pas pris beaucoup de risques. De même qu'en annonçant à la fois « une forte hausse des températures » et « un hiver long
et très rigoureux ». Prédire une chose et son contraire, ça limite les risques de se plan-
ter. Quand il s'agit d'événements précis, ça
se complique. Ainsi, l'astrologue Stéphane Rieux prédisait en 2014 « que le succès du FN pourrait convaincre une partie des militants de l'UMP de se ranger derrière les thèses de Copé », et la célèbre Elizabeth Teissier affirmait que l’hôte de l’Élysée et Julie Gayet « pourraient se marier le jour de l'anniversaire de François Hollande ».
La liste des erreurs de prévisions des astrologues prendrait des pages. On pour- rait en rire si l'astrologie n'était pas prise au sérieux par tant de gens. Selon les études les plus récentes, 33 % des Français croient qu'elle peut expliquer les caractères humains, et 58 % pensent qu'elle est une science (enquête Sofres, 2000). On ne va pas les convaincre ici, mais vu que les partisans de l'astrologie reprochent souvent aux scientifiques de manquer d'ouverture d'esprit, précisons que plusieurs travaux ont été menés sur le sujet.
Par exemple, dans une étude américaine (John McGrew et Richard McFall, université d'Indiana), les chercheurs ont donné à des astrologues des informations concernant une vingtaine de personnes : d'un côté, les profils astrologiques, de l'autre, les traits de personnalité... Mais dans le désordre. Il s'agissait de relier les bons profils astrologiques aux bons traits de personnalité : eh bien, les astrologues n’ont pas mieux réussi que les non-astrologues ! Dans une autre expérience, le physicien français Henri Broch a donné à des étudiants une description d'horoscope en leur demandant s'ils estimaient qu'elle leur correspondait : 69 % ont répondu par 1affirmative... alors que le chercheur avait donné le même texte à tous les étudiants ! On appelle ça l’« effet puits » : plus une description est vague, plus on a de chances de s'y reconnaître. Une autre étude (Renier Steyn, université d'Afrique du Sud) a cherché à relier les traits psychologiques aux signes astrologiques. Les profils de plus de 65 000 personnes ont été passés à la moulinette : résultat, que dalle, niet, aucune corrélation entre les signes et la personnalité.
Ces arguments devraient suffire à démontrer l'ineptie de l’astrologie. Mais on sait que ça ne marche pas comme ça. La culture ou l’éducation n'y font pas grand-chose (on trouve à peu près le même taux de croyance chez les cadres, les instituteurs, ou les ouvriers qualifiés...). En fait, l'astrologie est une façon de se déresponsabiliser. Si Marine Le Pen est élue, ce n'est pas parce qu'on vote comme des cons, mais à cause des astres. Mettre la clé de l'avenir dans les étoiles n'est pas de l'ignorance ou de la bêtise. C'est juste de la feignantise.
ANTONIO FISCHETTI
Source : Charlie Hebdo, 31 décembre 2014