vendredi 13 février 2015

Bourges - Sectes et djihadistes emploieraient les mêmes méthodes de recrutement

Le Berrichon Jean-Claude Dubois, vice-président national du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) et président du Centre-Val de Loire, explique en quoi les djihadistes utilisent les mêmes méthodes que les sectes pour recruter des jeunes gens.
Au CCMM, vous vouliez tirer la sonnette d’alarme après les attentats terroristes ? Oui, on souhaite attirer l’attention sur deux points. Tout d’abord, ce qui se passe au niveau du djihad relève bien des pratiques sectaires.
Pourquoi ? Parce qu’il y a rupture avec la vie antérieure et la famille. Ce n’est pas propre à l’islam radical, mais c’est bien un point que l’on retrouve dans toute dérive sectaire. Ensuite, les djihadistes, comme d’autres groupuscules, font de l’entrisme, c’est-à-dire qu’ils placent des gens à des endroits stratégiques, avec l’idée de mettre en œuvre des projets. Toutes ces mouvances sectaires ont un point commun : mettre en l’air la démocratie pour proposer une théocratie, avec une entité supérieure. Aujourd’hui, bon nombre de ces mouvements se déclarent NMR, nouveaux mouvements religieux?; ils entendent ainsi profiter de la réputation des religions.
Comment opèrent les djihadistes ? Leur force est de repérer des jeunes qui sont en marge, qui se sentent dévalorisés. Et l’individualisme de la société n’est pas sans impact. Ils instaurent une « coupure », une rupture avec la société. Pour ce faire, ils jouent sur la séduction via Internet ou à travers une personne qui va vous approcher puis vous charmer afin de vous faire entrer dans un groupe. Quand on reçoit quelqu’un, une famille, on procède à une analyse selon plusieurs critères. Manipulation, mise sous emprise et surtout état de rupture sont analysés.
Dans ce cas, pourquoi n’a-t-on pas entendu parler de « dérives sectaires » plus tôt ? Parce que les spécialistes et les associations ne sont pas entendus. Les circulaires ne sont pas appliquées. Pourtant, il y a trois, quatre ans, l’action du CCMM a permis d’éviter le départ de jeunes pour le djihad. Dans le Cher, la préfecture a commencé à s’investir.
Pouvez-vous donner un exemple concret ? Avez-vous déjà été sollicité ? Oui, en Région Centre, une maman a fait appel à nous car elle s’inquiétait de voir sa fille changer de comportement. Cette jeune femme fréquentait un homme de confession musulmane. Sa mère constatait des voyages vers le sud de la France et des mouvements d’argent. Puis sa fille a adopté le voile.
Que conseillez-vous aux familles qui se retrouvent dans cette situation ? Le premier conseil est de ne surtout jamais rompre avec sa fille ou son fils. Nous vérifions également s’il y a bien une dérive, un comportement anormal. Si c’est le cas, nous orientons vers des spécialistes, psychologues ou psychiatres, ou, selon le cas, vers les services de police compétents en la matière.
Vous venez également de créer une cellule spéciale. À qui est-elle destinée ? Oui, nous lançons une cellule nationale sur les dérives sectaires liées à l’islam radical avec des spécialistes, comme une anthropologue d’origine iranienne qui maîtrise parfaitement la question de l’islam. Elle est destinée à répondre à la demande des familles inquiètes par le comportement de leurs enfants.
Quelles solutions avons-nous pour lutter contre ces dérives sectaires ? L’éducation et la promotion de la laïcité, la formation des professionnels et un projet de société qui recrée du lien. Ce qui est la responsabilité des politiques.
Pratique. Internet : CCMM Centre-Val de Loire, et ccmm18cvdl@wanadoo.fr.
Source : Le Berry, 26 janvier 2015