vendredi 13 février 2015

Témoins de Jéhovah - Force ouvrière dénonce le prosélytisme religieux

Selon le syndicat, les Témoins de Jéhovah disposeraient d’un statut très privilégié dans l’établissement.
Dans un tract daté du mardi 20 janvier, Force ouvrière (FO) pose la question du prosélytisme religieux au centre de détention de Neuvic à la lumière des événements récents. Le syndicat regrette tout d'abord l'absence de moyens accordés par l'administration pénitentiaire pour promouvoir la laïcité et observe qu'il est parfois préférable de revendiquer une religion. « L'athée, quant à lui, n'a pas le droit de citer ? ses droits sont réduits au minimum syndical. Pas de plaque chauffante pendant le Ramadan, pas de régime alimentaire et surtout peu de considération. » Chaque culte fait son marché
À Neuvic, cette gestion du religieux revêt d'après FO un caractère particulier. Alors qu'un imam et un prêtre sont autorisés à accueillir les fidèles une à deux fois par semaine, l'aumônier des Témoins de Jéhovah, fréquentant l'établissement depuis deux mois semble avoir un régime privilégié. « Matin et soir, du lundi au vendredi, il arpente nos coursives faisant la bise à certains détenus, déjeunant avec d'autres », s'offusque le syndicat qui ajoute : « On voit bien que la laïcité pratiquée ici ne consiste pas à permettre à chacun de pratiquer son culte, mais  plutôt à chaque culte de faire son marché d'âmes en peine. »
Aucune religion privilégiée ?
Avec une certaine réussite, semble-t-il, puisque l'aumônier, qui n'avait qu’un seul fidèle lors de sa prise de fonction, en compte désormais une quinzaine soit pratiquement autant que de musulmans lors de la prière. « Dans le contexte actuel, quel effet pourrait avoir la venue quotidienne d'un imam sur une population carcérale qui, on le sait, est parfois tentée , par la radicalisation ? », interroge FO.
Le syndicat FO du centre de détention souhaite que Ia présence du représentant des Témoins de Jéhovah soit ramenée à de plus justes proportions. Il a transmis ses doléances à la Direction interrégionale des services pénitentiaires. En retour, il a reçu un courrier indiquant qu’il contrevenait à son obligation de neutralité et que le tract apposé dans les locaux  du personnel devait désormais être retiré. C’est désormais chose faite.
Répondre à la demande
Quoiqu'il soit, la Direction interrégionale se défend de tout favoritisme. « Nous avons un devoir de neutralité et de laïcité qui nous oblige à ne pas privilégier une religion plutôt qu’une autre »,
insiste l’administration qui souligne qu'elle s'applique à répondre demande des détenus. « Ces derniers préfèrent peut- individuelles plus fréquentes avec l’aumônier  des Témoins de Jéhovah, alors que les catholiques et les musulmans souhaitent d'abord qu'on leur offre la possibilité de participer à la prière du vendredi ou la messe du dimanche. » Quant à l'attrait des Témoins de Jéhovah chez les détenus, la direction suppose qu'il s'agit d'abord de curiosité. « Beaucoup n’ont pas d’idées précises de la religion et sont d’abord attirés par ce qu’ils ne connaissent pas. »
Des considérations qui n’ont que peu de valeurs pour FO. « Ce qui est sûr, c’est que si l’administration consacrait le quart du temps que passent les aumôniers en détention à promouvoir la laïcité, cette dernière aurait beaucoup plus d’adeptes.
Pierre-Manuel Réault
Source : Sud Ouest, 26 janvier 2015