samedi 22 février 2014

Des scientologues chez les magistrats

L'Eglise de Scientologie s'en prend à la formation des magistrats, accusés d'être partiaux dans leurs jugements
PAR MARIE LEMONNIER
Les adeptes de Ron Hubbard en sont «convaincus ». Si la justice française les a plusieurs fois condamnés, comme en octobre 2013 pour «escroquerie en bande organisée», c'est parce que ses magistrats seraient «partiaux». Sauf qu'« on ne peut pas récuser un juge sur un soupçon », concède Eric Roux, le porte-parole du Celebrity Centre de l'Eglise de Scientologie à Paris. Du coup, « la pieuvre » a pris dans son collimateur l'Ecole nationale de la Magistrature (ENM), qui offre depuis plus de quinze ans aux magistrats volontaires des sessions de formation continue portant sur les dérives sectaires.
Les scientologues épuisent ainsi les recours devant la Cada, la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, dans le but d'obtenir non seulement tous les fichiers des cours et supports distribués par l'ENM sur le sujet depuis 1998 mais aussi la liste des formateurs et des magistrats y ayant assisté ! Le but est clair : constituer une liste noire des juges qu'ils considèrent «entachés» pour faire invalider leurs décisions dans les affaires concernant l'Eglise.
« Ils ont également essayé d'assister à nos formations, mais nous avons refusé; ces cours ne sont pas publics. Ils ont même été jusqu'à se réunir devant l'école, et nous avons dû placer un appariteur, raconte Xavier Ronsin, le directeur de l'ENM. Mais la Scientologie est dans le pur fantasme, nous sommes une école républicaine, pas une fabrique d'endoctrinement anti-Eglise de Scientologie. Aucun groupe dépression ne peut nous imposer ses choix. Il faut en revanche se demander pourquoi ils se sentent à ce point concernés par ces cours ! »
Le 23 décembre 2013, pour la première fois, le tribunal administratif de Paris a accordé à l'Eglise de Scientologie le droit d'obtenir les documents pédagogiques mais pas les listes de noms des intervenants et participants, au nom de la protection de la vie privée. Insatisfaite, «la Scientologie souhaite désormais recourir au Conseil d'Etat», nous révèle maître François Jacquot, l'avocat du Celebrity Centre. Le bras de fer continue.
Source : Le Nouvel Observateur, 20 février 2014