jeudi 25 octobre 2012

Les sectes entrent à l’hôpital


Commission d’enquête en cours, rapports 
en préparation : le Sénat et l’Académie 
de médecine s’inquiètent de la présence 
de plus en plus forte de médecines parallèles à l’hôpital. L’enquête de «Sciences et Avenir » apporte les preuves des risques de dérives sectaires liés à ces pratiques qui tentent également d’infiltrer l’université.

C’est un document édifiant que nous nous sommes procuré. Environ 130 pages qui révèlent toutes les ficelles pour introduire le reiki dans les hôpitaux en France. Et les conseils donnés par les responsables de ce mouvement, pointé par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (1), sont assez précis pour inquiéter : « Eviter toute référence métaphysique inutile qui pourrait être discutable » ; « Ne faire aucune allusion aux aspects que certains affectionnent du New Age avec anges, guides et même aura ou champs énergétiques » ; « Ne pas utiliser les termes “soins”, “traitements” » ; « Cultivez une image professionnelle : tenue classique, papier à en-tête, cartes de visite ». De quoi « endormir » les professionnels de santé sur cette méthode dont les praticiens, appelés « maîtres reiki », prétendent canaliser les énergies pour soigner leurs patients par imposition des mains. Les recommandations vont même jusqu’à esquisser des stratégies à long terme : « Lorsque vous avez trouvé un allié, restez en contact avec lui ».
De l’aveu même de Nita Mocanu, animateur du site Reiki Forum en France, le mouvement a eu du mal à s’implanter dans les hôpitaux de l’Hexagone ces dernières années : « Il y a bien eu quelques expériences, dont une à la clinique du Bois-Vert à Lille, mais cela a été interrompu lors du changement de direction », reconnaît-il. Le mouvement veut désormais se donner les moyens de réussir ce qu’il a réalisé dans d’autres pays, en particulier aux Etats-Unis où les portes des hôpitaux lui sont grandes ouvertes.
Faut-il s’inquiéter de ces dérives ? Le Sénat semble penser que oui : il a nommé une commission d’enquête le 3 octobre sur l’influence des mouvements sectaires dans le domaine de la santé. En ce qui concerne les méthodes du reiki, elles sont potentiellement dangereuses. Comme beaucoup de médecines parallèles, il se fonde sur l’existence supposée d’une énergie universelle, omniprésente et omnipotente appelée qi (ou ch’i) en chinois, ki en japonais, voire prana en sanskrit, ou encore souffle vital ou énergie vitale dans les courants New Age. Une bonne santé serait ainsi conditionnée par une bonne circulation de cette énergie à travers des méridiens censés parcourir le corps. Ces techniques de « réharmonisation » seraient sans conséquence s’il s’agissait simplement de relaxation. Mais le document en notre possession suggère qu’elles permettent la guérison du cancer et autres maladies graves. En outre, certains maîtres reiki sont aussi adeptes d’autres pratiques dévastatrices. Ainsi, dans le DVD Reiki, apprendre et réussir facilement votre autotraitement (2), apparaît Jacqueline Bousquet, présentée comme une ancienne chercheuse au CNRS. Maître reiki, elle est aussi adepte de la «Médecine nouvelle germanique » du Dr Ryke Geerd Hamer. Le Dr Hamer, qui prétend que tout cancer a pour origine un choc psychologique vécu dans l’isolement, est tristement célèbre pour son opposition aux traitements médicaux. Il a été condamné à plusieurs reprises à des peines d’emprisonnement en France, en Allemagne et en Espagne, mais sa méthode continue à faire de nombreux émules (voir S. et A. n° 703, septembre 2005) (3). Dans son livre On a tué ma mère (4), la journaliste belge Natalie De Reuck raconte ainsi comment sa mère est morte d’un cancer du sein qu’elle refusait de traiter par la médecine conventionnelle. Une expérience tragique que redoute aujourd’hui Chloé (5), dont la mère âgée de 58 ans, adepte du Mouvement régénérateur – reposant lui aussi sur les forces guérisseuses du ki – refuse l’ablation de son sein touché par une tumeur. « Ma mère est convaincue qu’elle peut faire disparaître la maladie toute seule », explique la jeune femme, persuadée de l’influence d’un certain Denis Emonet, dont sa mère a suivi l’enseignement dans la Drôme. Ce dernier affirme en effet que grâce au Mouvement régénérateur, il est possible « d’assister à des cas de résorption de maladies graves à la suite de la pratique : disparition d’une tumeur cérébrale et de symptômes d’épilepsie ». Chloé a décidé de porter plainte et saisi la Miviludes en septembre qui, jugeant l’affaire sérieuse, a opéré un signalement auprès du parquet. Une enquête préliminaire est en cours.
Inquiet de l’extension de ce genre de pratiques, le Pr Edzard Ernst, spécialiste de médecine complémentaire à l’université d’Exeter (Royaume-Uni), a récemment recommandé de ne pas autoriser le reiki dans les hôpitaux. En s’appuyant notamment sur une étude parue dans Oncology Nursing Forum (6) mettant en évidence qu’un simulacre de reiki, pratiqué par un non-initié pour améliorer le bien-être de personnes en chimiothérapie, est aussi efficace que les séances pratiquées par un « maître » reiki. Autrement dit, les effets de cette méthode ne seraient pas supérieurs à celui d’un placebo. Et le Pr Ernst de préciser : « Cela prive le patient de méthodes comme un simple massage, qui, elles, ont montré qu’elles étaient plus efficaces qu’un placebo. » Un avis que partage largement le Pr Joël Menkes, membre de l’Académie de médecine, qui a décidé d’agir. Ce praticien est en effet à l’origine d’un rapport – en cours de rédaction – à l’Académie sur les médecines non conventionnelles dans les hôpitaux publics. Une initiative lancée cet été à la suite de l’annonce par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui regroupe 37 hôpitaux en Ile-de-France, de son souhait de développer en son sein certaines thérapies non conventionnelles.


« Aucune pratique n’ayant fait les preuves de son efficacité thérapeutique ne doit figurer dans les soins dispensés à l’hôpital. Introduire ces thérapies revient à les légitimer, à leur donner du crédit », estime Joël Menkes. Une mise en garde bienvenue car les cas douteux se multiplient. En témoigne le cas de la réflexologie plantaire, déjà bien infiltrée dans de prestigieuses institutions médicales en France. Elle est reconnue par le « Référentiel pour la prise en charge de la douleur chez l’adulte », en usage dans tous les services de cancérologie, édité par l’Association francophone pour les soins oncologiques de support (Afsos). Cette société savante réunit les plus grands experts (oncologues, hématologues, psychologues, etc.) dans le domaine des soins destinés à aider les malades à supporter les traitements lourds de la cancérologie. Pourtant, la réflexologie repose sur un concept scientifiquement fantaisiste. Cette technique de massage énergétique postule que tous les organes du corps sont représentés par des points de pression sur la plante des pieds. Un toucher précis permettrait de « réharmoniser » les énergies et d’activer les capacités d’autoguérison de l’organe ciblé.

En donnant sa bénédiction à une telle pratique, l’Afsos a ouvert un boulevard à d’autres pratiques à risques, avec pour effet pervers de pousser les malades vers des réseaux de thérapeutes incompétents pour soigner de lourdes pathologies. C’est d’ailleurs déjà le cas à la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique.
Il suffit de consulter la page d’accueil de son site officiel pour voir apparaître le visage souriant d’Estelle, une réflexologue de la région nantaise. Or, un simple « clic » sur le portrait renvoie directement sur le site de l’« alternativ-institut », son école de « réflexologie intégrative ». Le propos, limpide, ne s’embarrasse pas des faux espoirs qu’il pourrait susciter : la réflexologie aiderait les malades cancéreux à retrouver leur « intelligence naturelle d’autoguérison » et il y aurait « une corrélation entre le diagnostic en médecine conventionnelle et le bilan en réflexologie ». De quoi donner le frisson quand on apprend que la thérapeute intervient avec ses élèves dans plusieurs établissements renommés de la région : le CHU de Nantes, l’hôpital de Châteaubriant et l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO) issu de la fusion des deux centres anticancer Paul-Papin et René-Gauducheau d’Angers et Nantes. La jeune femme a par ailleurs créé Etre en mouvement, une association de thérapeutes qui propose un éventail de pratiques alternatives non éprouvées comme les fleurs de Bach ou encore le Bol d’air Jacquier (voir S. et A. nos 757, mars 2010, et 778, décembre 2011). Plus grave encore : l’association propose les services d’une thérapeute formée à la méthode Louise Bourbeau, du nom d’une Canadienne auteure de plusieurs best-sellers dont Ton corps dit : aime-toi ! vendu à près de 500 000 exemplaires. Dans ce livre, elle développe sa conception culpabilisante de la maladie. Relent de la Médecine nouvelle germanique ? Aucun doute : Lise Bourbeau recommande la littérature du fameux docteur Hamer. Voilà comment un malade, traité en toute confiance pour son cancer à l’hôpital, peut se retrouver immergé dans un réseau dont l’idéologie suggère l’arrêt des traitements. 
Faut-il douter pour autant de
 l’intérêt d’introduire les « médecines complémentaires »
 dans les institutions médicales ? « C’est un risque qu’il ne faut pas prendre ! affirme pour sa part Simon Schraub, professeur de cancérologie et auteur d’une étude sur les médecines alternatives dans le domaine du cancer. D’autant que la frontière entre “médecine complémentaire” et “médecine alternative” est très floue. » Un point de vue que partage Patrick Dufour, directeur du centre anticancer Paul-Strauss à Strasbourg : « Pas question d’accepter ce genre de pratiques chez nous ! Les soins de support doivent se cantonner à ce qui est vraiment bénéfique pour le malade : traitements éprouvés contre la douleur, diététique, soutien psychologique, kinésithérapie, conseils de maquillage et de coiffure pour améliorer son apparence, etc. » Une prudence qui n’est décidément pas de règle à l’ICO. A l’occasion de l’édition 2011 d’Octobre rose – une manifestation visant à promouvoir le dépistage du cancer du sein –, le centre René-Gauducheau de l’ICO était ainsi le seul en France à proposer des rencontres essentiellement axées sur les médecines alternatives comme la réflexologie et la sophrologie, autre pratique signalée par la Miviludes pour ses risques de dérives. L’ICO est aussi peu regardant sur ses partenaires. Il a signé par l’intermédiaire de son directeur, le professeur François-Régis Bataille, et du docteur Mario Campone, responsable de son centre d’Angers, une convention avec l’association de bénévoles En avant la vie. Celle-ci apporte effectivement un soutien et une écoute précieux aux malades et à leurs familles. Mais certaines formations de ses bénévoles sont assurées par PRH (Personnalité et relations humaines), une école de développement personnel fondée par le père André Rochais, proche de communautés très controversées du Renouveau charismatique. PRH intervient aussi au Centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres. De fait, l’organisme figure dans les plans de formation du Réseau Onco en Poitou-Charentes qui coordonne « l’activité des acteurs de santé et des intervenants impliqués en cancérologie ». Plus inquiétant, En avant la vie recommande aussi sur son site Internet Our Alexander, une association américaine qui défend ardemment le « traitement Burzynski », présenté comme une alternative efficace à la chimiothérapie et fondé sur l’ingestion de peptides extraits de l’urine. Développé par Stanislaw Burzynski, un médecin d’origine polonaise, ce traitement dénoncé depuis des années par la communauté scientifique pour son inefficacité (7) n’est pas approuvé par les autorités sanitaires américaines (8) et (9). Des essais cliniques ont même révélé des effets secondaires sérieux sur le système nerveux. 
Ce qui n’a pas empêché les CHU d’Angers et de Poitiers de signer à leur tour des accords avec En avant la vie. 
Mêmes dérapages à Marseille où, en mai, l’hôpital Paul-Desbief a accueilli pendant trois jours de « séances découvertes » l’Association A. . Cette organisation, qui dispose d’un large réseau de naturopathes, kinésiologues et réflexologues, organise chaque année un colloque où se croisent thérapeutes, médecins et chercheurs intéressés par les approches alternatives. Or, dans un enregistrement vidéo de l’édition 2011 que nous nous sommes procuré, le magnétiseur Jean-Luc Bartoli délivre ses conseils pour éviter de se faire poursuivre pour exercice illégal de la médecine.
A ses côtés, Martine Gardénal, médecin homéopathe et « présidente de la recherche » de l’A. , déjà suspendue par l’ordre des médecins pour n’avoir pas respecté le suivi thérapeutique de certains de ses patients atteints de cancers, approuve. Un autre intervenant, Jacques Prunier, vante l’efficacité de ses compléments alimentaires à base d’algues contre Alzheimer, Parkinson, etc. Il n’hésite pas non plus à faire référence aux théories du Dr Hamer. Il prétend aussi avoir lancé des essais avec des professeurs de médecine, notamment au CHU de Lyon. Plus fort encore ! Martine Gardénal devait intervenir fin octobre au colloque Ecomédecine de Paris sous le haut patronage de... Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé.

Dérapages encore, mais cette fois au cœur du système universitaire où la «fasciathérapie » et ses dérivés se sont imposés comme une discipline à part entière. Au cours de notre enquête, nous avons ainsi répertorié 17 thèses en cours dans au moins six universités à Paris, Rouen, Tours, Nancy, ainsi que dans des laboratoires du CNRS ou de l’Inserm et même à la prestigieuse école AgroParisTech. Or, cette pratique, élaborée par le kinésithérapeute et ostéopathe français Danis Bois, a été dénoncée le 22 juin par le Conseil national de l’ordre des kinésithérapeutes, qui rappelle qu’elles ne sont pas reconnues par la profession, contrairement à ce que prétend Danis Bois. Proche des concepts de qi, ch’i, ou ki, la fasciathérapie soutient l’existence dans le corps d’un mystérieux mouvement animant les fascias, tissus conjonctifs qui délimitent les organes. Un mouvement imaginaire qui aurait un impact sur la santé. Adepte dans les années 1980 de la secte Shri Ram Chandra (10), Danis Bois a élaboré à cette époque sa pratique qu’il prétend efficace « dans la prévention ou le soutien du cancer, de la sclérose en plaques, de déficit immunitaire, etc. ».
Des allégations contestées par Olivier Palombi, professeur d’anatomie et de neurochirurgie à l’université de Grenoble et spécialiste de la modélisation anatomique et mécanique des tissus, pour qui les fascias ne sont en aucun cas « animés d’un mouvement ». Et balayées par une étude de master réalisée cette année à l’université de Grenoble et qui confirme que la fasciathérapie n’a pas fait la preuve de son efficacité thérapeutique (11).  Pour pénétrer les institutions universitaires, l’ancien kiné a emprunté des chemins tortueux mais efficaces en obtenant d’abord un doctorat en sciences de l’éducation à l’université de Séville en 2007. La même année, il s’est fait nommer professeur à l’Université moderne de Lisbonne, un établissement privé portugais qui a fait faillite depuis. Ses diplômes lui ont ouvert les portes des facultés françaises, puisqu’il se présente désormais comme professeur associé de l’université de Rouen. La fasciathérapie a aussi réussi à infiltrer des associations de malades comme l’Association des paralysés de France-Sclérose en plaques (APF SEP) et ses disciples ont noyauté à ce jour au moins cinq hôpitaux français. Ainsi, Nadine Quéré enseigne-t-elle dans le cadre du diplôme universitaire (DU) Stress, Traumatisme et Pathologie de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Plus surprenant encore, cette pratique a fait l’objet d’un essai clinique à...l’ICO d’Angers (lire plus haut)!
Sollicité, le Dr Eric Jadaud, qui dirigeait cette étude, a refusé de répondre à nos questions. Gageons que l’offensive ne fait que commencer : des cohortes de kinésithérapeutes apprennent actuellement la méthode Danis Bois par l’intermédiaire de Point d’appui, un organisme de formation privé fondé en 1998 et dont le siège est à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, qui délivre master, DU et doctorat reconnus par l’Etat. Et ce, grâce au partenariat avec l’université privée Fernando-Pessoa de Porto où les étudiants ne sont tenus de se rendre que pour la soutenance de leur diplôme, en français.
Un « business » très lucratif puisque la marque « Méthode Danis Bois » affichait déjà en 2009 un chiffre d’affaires de plus de un million d’euros !
Nous sommes également en mesure d’affirmer que Danis Bois bénéficie de soutiens de poids à l’intérieur même du système universitaire français. En particulier celui de Bernard Andrieu, professeur à l’université de Nancy, éminent 
spécialiste de l’épistémologie
 du corps et auteur d’une quarantaine de livres. Dans son 
ouvrage de 2008, Toucher. Se 
soigner par le corps, il dresse 
un portrait des plus élogieux
 de l’inventeur de la fasciathérapie. Normal : ce passage 
n’est ni plus ni moins qu’un
« copier-coller » d’un ancien
 site de Danis Bois, datant de
 2002. L’ouvrage, qui contient
 d’autres emprunts de ce genre, est d’ailleurs paru aux Belles Lettres dans la collection « Médecine et Sciences humaines » où d’autres titres défendent l’intégration des médecines parallèles dans la pratique médicale conventionnelle. Une collection dirigée par Jean-Marc Mouillie, philosophe et maître de conférences à la faculté de médecine d’Angers...
Coïncidence ? C’est à lui que Jean-Paul Saint-André, ancien doyen de la faculté et aujourd’hui président de l’université d’Angers, a confié il y a quelques années la refonte de l’enseignement des sciences humaines en première année de médecine, appelée PACES (première année commune aux études de santé) depuis la rentrée 2010. Une PACES unique en France. Les sciences humaines y détiennent le plus fort coefficient, toutes matières confondues, soit 200 points sur 500 de l’examen du premier semestre, déterminant pour la réussite du concours final. De plus, le seul livre obligatoire que le millier d’étudiants angevins doit acheter est un ouvrage collectif dirigé par Jean-Marc Mouillie lui-même et édité dans sa collection aux Belles Lettres. On y découvre, entre autres, les vertus supposées des thérapies chamaniques et la « médecine par les preuves » (Evidence Based Medicine), fondement de la médecine moderne, y est régulièrement dénigrée. 
Lorsque nous lui avons présenté ces éléments, Jean-François Bach, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre de l’Académie de médecine et surtout concepteur de la réforme PACES, n’a pas caché sa stupéfaction : « C’est tout à fait inapproprié [...] Cet enseignement des sciences humaines devrait rester conventionnel sans entrer dans des problématiques philosophiques ou idéologiques non admises par la majorité des médecins. Je me range du côté de ceux qui veulent limiter leur volume et les coefficients qui y sont associés. » Jean-Marc Mouillie n’a quant à lui pas donné suite à nos demandes d’entretien.
Jean-Paul Saint-André et l’université d’Angers avaient déjà fait parler d’eux voilà quelques mois (12) à l’occasion d’un grave conflit opposant Hugues Gascan, directeur d’un laboratoire Inserm (unité 564), à l’une de ses chercheuses. Celle-ci, Pascale Jeannin, professeur de médecine, est proche d’Omalpha, un mouvement ésotérique mystique mené par le Canadien Jean Bouchart d’Orval. Or, Hugues Gascan dénonçait les interférences entre cette organisation spiritualiste et la recherche scientifique au sein de son unité. La chercheuse a alors porté plainte contre son « patron » pour harcèlement moral, obtenant sa condamnation en novembre 2010, condamnation confirmée en appel le 5 janvier 2012. L’affaire est aujourd’hui en cassation. 
Mais en poursuivant nos investigations, nous avons découvert que Jean Bouchart d’Orval serait lié à la secte russe Ashram Shambala, dont le gourou Konstantin Rudnev est actuellement jugé à Novossibirsk, en Russie, pour diverses activités criminelles, en particulier dans des réseaux de prostitution (lire notre enquête complète sur notre site). Un réseau qui semble se prolonger aux Etats-Unis et au Brésil. Que doit-on craindre de la présence d’organisations criminelles dans le périmètre d’une université et d’un laboratoire de recherche ? Est-ce une menace pour le patrimoine scientifique français ? De son côté, Matignon, par le biais du Centre d’analyse stratégique (CAS), réfléchit à son tour à créer un « label » pour les thérapies non conventionnelles.
Olivier Hertel
(1) http://www.miviludes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/guide_sante_complet.pdf
(2) http://www.dailymotion.com/video/x300i2_le-reiki-en-dvd_news#.UX-9NIIzXJw 
(3)  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20110928.OBS1294/biologie-totale-une-condamnation-en-belgique.html
(4) On a tué ma mère. Ed. Buchet Chastel.

(5) Le prénom a été modifié
(6) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21531671
(7) http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2897%2921011-1/fulltext
(8) http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.3322/canjclin.54.2.110/abstract
(9) http://www.cancer.gov/cancertopics/pdq/cam/antineoplastons/patient/page2
(10) http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r2468.asp
(11) http://cortecs.org/bibliotex/647-esprit-critique-a-kinesitherapie-deux-memoires-defrayent-la-chronique
(12) http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/fondamental/20120404.OBS5424/quand-la-recherche-marche-sur-la-tete.html

Source : Sciences et Avenir, novembre 2012

Note du CIPPAD : la parution de cet article a donné lieu à plusieurs plaintes contre le journaliste M. Olivier Hertel et le responsable de la publication en la personne de M. Claude Perdriel, directeur du groupe de presse Nouvel Observateur.
Une plainte simple a été déposée par Madame le Dr. Martine Gardénal (Présidente de la recherche de l’association APSAMED, Bouches-du-Rhône).
Des plaintes avec constitutions de parties civiles ont été déposées par quatre professeurs de médecine : Madame Pascale Jeannin (immunologue, université d’Angers) ; M. François-Régis Bataille, directeur général de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) ; M. Mario Campone (cancérologue, université d’Angers, directeur-adjoint de l’ICO, devenu depuis directeur général de l’ICO) et M. Jean-Paul Saint-André (anatomo-pathologiste, président de l’université d’Angers de fév. 2012 à fév. 2016).
Aucune des procédures engagées n’a donné lieu à condamnation. Les jugements, prononcés en 2015 et début 2016, sont aujourd’hui définitifs.

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