samedi 16 août 2014

L’hypnose : charlatanisme ou révolution médicale ?

Début mai 2014 s’est tenu à La Rochelle le cinquième congrès international « Hypnose et Douleur », au cours duquel les différents intervenants ont 
tous développé de manière différente la thèse selon laquelle l’hypnose 
ne serait finalement pas qu’une composante psychique, mais aussi «
une composante physique indiscutable et indissociable », selon 
Laurent Gross, kinésithérapeute et psychothérapeute, animateur d’ateliers 
aux différents congrès de la Confédération Francophone d’Hypnose et de
Thérapies Brèves (CFHTB). « Professionnels de santé, que l’on soit praticien 
en thérapie manuelle ou non, nous avons à notre disposition un outil simple et merveilleux : nos mains. (...) Du toucher du praticien va naître le silence ou la parole, du silence ou de la parole va naître le micro mouvement, le mouvement, l’impulsion, l’action et donc l’hypnose » écrit-il.
De fait, il est clair que la pratique de l’hypnose est en train de prendre une place de moins en moins négligeable dans le milieu médical français. « En 2000 lors de notre premier congrès, il y avait une centaine de participants à Vannes, cette année nous étions plus de 800 avec plus de 110 conférenciers de toute la France et de l’étranger, ce qui permet de mesurer le chemin parcouru », explique le Docteur Claude Virot, président de la Société Internationale d’Hypnose. «L’hypnose est une discipline qui se développe extraordinairement vite », poursuit-il. « On découvre chaque année de nouvelles techniques, de nouvelles directions, de nouvelles expérimentations, et on se rend compte aussi qu’on peut l’appliquer facilement sur de plus en plus de nouveaux patients, quels qu’ils soient. On sent que les patients sont de mieux en mieux impliqués, et les soignants aussi, qui apprécient une nouvelle forme de relation, plus saine et plus harmonieuse, avec les patients. »
Dans les hôpitaux, notamment, il n’est effectivement plus rare de voir se développer la pratique de l’hypnose
 de manière extrêmement sérieuse et probante. Dans
 certains services d’urgence, par exemple, les médecins 
sont aujourd’hui tous formés à cette technique, comme à Fougères, dans l’ouest de la France, où les sept
 médecins urgentistes se sont spécialisés dans la prise en
charge de la douleur aiguë à l’Institut de Formation et de
 Recherche en Hypnose et Communication Thérapeutique Émergences à Rennes (présidé par le docteur Virot). « Nous avons appris à guider la conscience du patient pour l’aider à se concentrer sur un autre sujet que sa douleur. Nous nous accordons avec le patient sur un souvenir heureux vers lequel il va se laisser entraîner en pleine conscience. Cela nous permet de focaliser son attention sur autre chose que les sentiments de peur, d’inquiétude, d’avoir mal. Nous pratiquons maintenant l’hypnose depuis plus de trois ans, parfois même dès la prise en charge dans le véhicule de secours ». Explique ainsi l’un des sept praticiens.
Mais l’hypnose se développe dans tous les services hospitaliers, et pas seulement aux Urgences. La médecine obstétricale et gynécologique y a de plus en plus recours, notamment pour réaliser les accouchements, ou pour éviter une anesthésie générale lors d’opérations chirurgicales légères. En médecine ambulatoire, la pratique hypnotique est désormais extrêmement répandue, tout comme en pédiatrie et en gérontologie, « car les enfants sont généralement plus réceptifs à l’hypnose que les adultes, en raison de leur imaginaire très développé... et les personnes âgées aussi », analyse le docteur Marc Galy, anesthésiste spécialisé à l’hôpital Saint-Joseph à Paris. Au bloc, ce médecin pratique l’hypnose pour les anesthésies locales avant ses interventions. À l’hôpital Saint-Joseph, la quasi-totalité des opérations de la carotide sont ainsi réalisées sous hypnose. Mais aussi la mise en place d’endoprothèses aortiques par voie percutanée pour anévrisme, par exemple. Ou de très nombreux soins palliatifs.
« Pensez à quelque chose qui vous plaît, une odeur, respirez
 calmement... »... c’est de cette manière que débute le 
médecin, avant d’emmener son patient là où il a envie 
d’aller pour s’évader pendant toute la durée de l’intervention : un tour du monde, un déjeuner en amoureux, une ballade en bord de mer... « Le patient est totalement conscient, mais avec l’hypnose, il est dans un état de
conscience modifiée », explique l’anesthésiste. « Nous
 activons certaines zones du cerveau par des images, des suggestions ». En anesthésie, l’hypnose permet ainsi de réduire l’inconfort et les médicaments, de diminuer les doses de sédatif et donc, pour le patient, de rentrer plus vite chez lui avec un rétablissement plus prompt. L’hypnose permet aussi de soulager les douleurs aiguës, notamment dans les services de grands brûlés. Ou encore, en oncologie, afin d’apaiser les effets secondaires de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.
Mais l’hypnose est aussi utilisée par la médecine de ville, depuis plus longtemps encore : pour arrêter de fumer, soulager les migraines chroniques, les douleurs de dos... Et encore, par les psychologues et les psychiatres, dans la prise en charge des dépressions, des phobies, des troubles du comportement, de l’alimentation, de l’insomnie, pour les troubles du stress, les pannes sexuelles, et diverses addictions... cette technique de médecine douce, qui a longtemps fait davantage de sceptiques que de convaincus, est désormais largement répandue dans les cabinets de consultation. Aujourd’hui, dans certaines conditions précises, il est même possible de bénéficier d’une prise en charge par sa complémentaire santé et par l’assurance maladie.
Toutefois, dans son dernier rapport de mars 2013 sur 
les thérapies complémentaires, dont l’hypnose fait
 partie, l’Académie de Médecine a tenu à nuancer et à re
cadrer strictement ces pratiques : « leur nature rend
 difficile une évaluation irréprochable du bénéfice apporté. Une critique particulièrement vigilante des résultats 
disponibles s’impose. (...). Les justifications théoriques
 avancées par les promoteurs de ces méthodes laissent perplexes les tenants de la médecine scientifique. L’attention apportée par l’opérateur, la confiance qu’il inspire aux patients, n’interviennent-elles pas davantage que la technique qu’il emploie ? L’effet placebo, qu’on est obligé de prendre en considération dans l’effet de tout traitement, n’est-il pas l’explication de l’action des thérapies complémentaires », comme l’hypnose ? L’Académie de Médecine rappelle également que l’exercice de l’hypnose n’est pas réglementé par le code de la santé publique. Et que, parmi les 300 noms relevés dans l’annuaire de l’Institut Français d’Hypnose Humaniste et d’Hypnose Ericksonienne, une très grande majorité n’indique pas d’appartenance à une profession de santé, et aucun n’exerce dans un établissement de soins. Pour conclure, l’Académie de Médecine ne nie pas l’intérêt de l’hypnose, mais elle estime que « cela ne justifie pas l’engouement probablement excessif du public en sa faveur, ni le choix de principe que certains sont tentés d’en faire. Ces pratiques doivent rester à leur juste place, celle de méthodes adjuvantes pouvant compléter les moyens de la médecine. (...) En conséquent, elles ne doivent jamais être choisies par le patient comme solution de premier recours, ni comme une solution de remplacement qui exposerait à des erreurs ou des retards de diagnostic et à des pertes de chance. Une attention particulière doit être portée (...) au risque de diffusion abusive de méthodes d’utilité improbable (...) et au risque de dérive sectaire avec éloignement définitif de la médecine conventionnelle ».
Car il reste vrai que, en dehors des établissements de soins et des cabinets médicaux où elle est pratiquée de manière rigoureuse et encadrée, l’hypnose reste le vecteur de très nombreuses supercheries, et que beaucoup de charlatans s’engouffrent dans la brèche pour tenter d’en faire du profit. On ne parle pas ici de gens comme le fascinateur québécois Messmer, qui fait salle comble partout dans le monde avec ses spectacles de suggestion mentale, mais qui se revendique comme un artiste de music-hall et rien de plus. On pense surtout à ces « pseudos gourous », dont les offres de consultation à moindre coût fleurissent sur les sites de petites annonces ou d’achat groupé, et qui, pour en avoir testé plus d’un pour les besoins de cet article, se déroulent le plus souvent dans des cabinets totalement improvisés et improbables, par des Monsieur et Madame Tout Le Monde qui y ont vu un bénéfice facile à réaliser sur le dos de personnes souvent crédules et désemparées. La justice croule sous les dossiers de victimes ayant porté plainte contre de prétendus « experts hypnologues », pour toutes sortes d’abus. « J’ai pris 10 séances d’hypnose avec un psy célèbre qui passe souvent à la télé, et c’est une grosse arnaque », témoigne ainsi une internaute dans l’un des innombrables forums dédiés au sujet. « Il s’est agi de séances de psy tout à fait normales, sauf le prix, avec une introduction de 10 secondes censée endormir le patient. Du grand n’importe quoi ! ». D’autres sociétés, qui faisaient payer plus de 250 € à des fumeurs pour une unique séance de sevrage au tabac par l’hypnose, ont été largement mises en cause ces derniers temps par des associations de clients mécontents... et toujours aussi gros fumeurs !
Thérapie sérieuse ou effet de mode ? L’hypnose est au
carrefour de toutes les classifications. On peut y
 croire comme à un gadget, comme ces clubs de foot qui
 embauchent aujourd’hui des « coachs mentaux » pour
faire gagner les joueurs, au risque de tomber de haut.
 On peut aussi s’en méfier catégoriquement, au regard 
de toutes les dérives constatées un peu partout. La voix 
de la sagesse se situe sans doute quelque part au milieu, 
en acceptant le champ des possibles ouvert par ces méthodes en perpétuelle évolution... à condition de ne s’en remettre qu’aux détenteurs d’une vraie formation, médicale avant toute chose. Un médecin qui possède de surcroît la maîtrise de l’hypnose, c’est parfait. Un hypnotiseur qui n’est même pas médecin... fuyez !
Suzanne Savignac

Source : Jobvitae, site de l’emploi santé, 27 mai 2014,
http://www.jobvitae.fr/actualites/sante/hypnose-charlatanisme-ou-revolution-medicale/

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