lundi 22 décembre 2014

Yoga, évitez le Bikram

Noémie Crépeau, l'auteure de cet article, enseigne le yoga depuis 5 ans.
Après 90 minutes de yoga Bikram, huit litres de sueurs répandus sur la moquette et mon cœur qui s’est débattu comme un forcené pour survivre, j’ai enfin pu prendre une bouffée d’air qui contenait une quantité respectable d’oxygène. Si les scientifiques ont accusé le Bikram de créer des tensions au cœur, ils avaient bien raison puisqu’à ma sortie de classe, mon cœur me boudait tant il était rigide!
Le Bikram est un yoga créé pour une classe sélecte d’individus. Pour le pratiquer, vous devez soit être un super athlète, un grand connaisseur de votre corps ou un expert dans l’attitude à adopter. Un néophyte court inévitablement vers le danger. Les mouvements sont exigeants, les entrées et les sorties de poses sont rapides. Plusieurs élèves déploient une force incommensurable et oublient de respirer.
Rien n’est expliqué, sauf les détails qui vous mènent à la sacro-sainte posture idéale. Pourtant, celle-ci est impossible à réaliser pour la plupart des individus. Rien n’est mis en contexte : c’est un débrouillez-vous. On accorde une grande importance à l’aboutissement des postures, alors que l’un des principes du yoga est le non-attachement à la forme.
Votre seul repère, en plus des directives, est votre corps dans le miroir qui doit réaliser une forme précise. Ce ne sont pas vos sensations qui vous guident, mais votre reflet.
Lors d’un cours de Bikram, les habitués du yoga seront frappés par l’absence d’un autre principe fondamental : la non-violence. Bien qu’on vous suggère de vous laisser porter par le flot incessant des instructions, qui détaillent chaque micromouvement de chaque posture, on vous mentionne à peine d’être attentif à vos limites.
À la place, on vous encourage à tirer et à pousser votre corps. On vous répète qu’il est normal d’avoir mal sans jamais nuancer les types de douleurs que l’on peut ressentir.
Notons également le peu de place laissée à la diversité des conditions physiques. Si vous ne pouvez faire la posture idéale, on vous suggèrera de vous arrêter en chemin sans autres commentaires. Si vous tentez une variation de votre choix, on vous reprend comme si vous aviez commis une faute. Dans un tel contexte, les comparaisons sont inévitables. Il faut entrer dans la boite.
Principalement basé sur la performance physique, le Bikram n’a pas pour but une harmonie entre l’esprit et le corps ou entre l’intériorité et l’extériorité. En sortant d’une classe, votre corps est vidé, votre esprit comprimé et surstimulé par la quantité d’informations ingérée. Peut-on affirmer ressentir une harmonie? Difficile d’affirmer ressentir une harmonie en sortant
Il faut savoir départager la sensation de douce apesanteur, si prisée par les adeptes du Bikram, de l’équilibre profond que cultive le yoga. Le yoga n’exclut pas cette sensation physique, tout à fait agréable par ailleurs, mais n’oublions pas que le dépassement de soi se vit aussi comme une expérience intérieure. Le respect du corps et l’écoute de soi sont des éléments essentiels à toute pratique de la discipline.
Si vous voulez un «bootcamp» d’une série de 26 postures de yoga, le Bikram est pour vous. Si vous voulez faire du yoga, évitez-le.
Par Noémie Crépeau

Source : Huffington Post Québec, 10 décembre 2014,
http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/12/10/si-vous-voulez-faire-du-yoga-evitez-le-bikram_n_6302304.html

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